Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/63

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l’esprit de l’Evangile sans tourmenter ma raison de ce qui m’y paroît obscur, enfin persuadé que quiconque aime Dieu par-dessus toute chose, & son prochain comme soi-même, est un vrai Chrétien, je m’efforce de l’être, laissant à part toutes ces subtilités de doctrine, tous ces importants galimathias dont les Pharisiens embrouillent nos devoirs & offusquent notre foi, & mettant, avec Saint Paul, la foi même au-dessous de la charité.*

[*1. Cor. XIII. 2. 13.]


Heureux d’être né dans la Religion la plus raisonnable & la plus sainte qui soit sur la terre, je reste inviolablement attaché au culte de mes Peres : comme eux je prends l’Ecriture & la raison pour les uniques regles de ma croyance ; comme eux je récuse l’autorité des hommes, & n’entends me soumettre à leurs formules qu’autant que j’en apperçois la vérité ; comme eux je me réunis de cœur avec les vrais serviteurs de Jésus-Christ & les vrais adorateurs de Dieu, pour lui offrir, dans la communion des fideles, les hommages de son Eglise. Il m’est consolant & doux d’être compté parmi ses membres, de participer au culte public qu’ils rendent à la Divinité, & de me dire au milieu d’eux ; je suis avec mes freres.

Pénétré de reconnoissance pour le digne Pasteur*

[*Voyez les Lettres écrites de la Montagne, Lettre deuxieme, note (r).] qui, résistant au torrent de l’exemple, & jugeant dans la vérité, n’a point exclus de l’Eglise un défenseur de la cause de Dieu, je conserverai toute ma vie un tendre souvenir de sa charité