Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/634

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Toutes ces erreurs sont évidemment dans les jugemens précipités e l’esprit. C’est cette foiblesse de l’entendement humain, toujours presse de juger sans connoître, qui donne prise à tous ces prestiges de magie par lesquels l’Optique & la Mécanique abusent nos sens. Nous concluons, sur la seule apparence, de ce que nous connoissons à ce que nous ne connoissons pas., & nos inductions fausses sont la source de mille illusions.

Quelles ressources nous sont offertes contre ces erreurs ? Celles de l’examen & de l’analyse. La suspension de l’esprit, d’art de mesurer, de peser, de compter, sont les secours que l’homme a pour vérifier les rapports des sens, afin qu’il ne juge pas de ce qui est grand ou petit, rond ou quarré, rare ou compacte, éloigné ou proche, par ce paroît l’être, mais par ce que le nombre, la mesure & le poids lui donnent pour tel. La comparaison, le jugement des rapports trouvés par ces diverses opérations, appartiennent incontestablement à la faculté raisonnante, & ce jugement est souvent en contradiction avec celui que l’apparence des choses nous fait porter. Or nous avons vu ci-devant que ce ne sauroit être par la même faculté de l’ame, qu’elle porte des jugemens contraires des mêmes choses considérées sous les mêmes relations. D’où il suit que ce n’est point la plus noble de nos facultés, savoir la raison ; mais une faculté différente & inférieure, qui juge sur l’apparence, & se livre au charme de l’imitation. C’est ce que je voulois exprimer ci-devant, en disant que la Peinture, & généralement l’art d’imiter, exerce ses opérations loin de la vérité des choses, en s’unissant