Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/642

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faut admettre dans la République ; & que si l’on y souffre une fois cette Muse imitative qui nous charme & nous trompe par la douceur de ses accens, bientôt les actions des hommes n’auront plus pour objet, ni la loi, ni les choses bonnes & belles, mais la douleur & la volupté : les passions excitées domineront au lieu de la raison : les Citoyens ne seront plus des hommes vertueux & justes, toujours soumis au devoir & à l’équité, mais des hommes sensibles & foibles qui seront le bien ou le mal indifféremment, selon qu’ils seront entraînés par leur penchant. Enfin, n’oubliez jamais qu’en bannissant de notre Etat les Drames & Pieces de Théatre, nous ne suivons point un entêtement barbare, & ne méprisons point les beautés de l’art ; mais nous leur préférons les beautés immortelles qui résultent de l’harmonie de l’ame, & de l’accord de ses facultés.

Faisons plus encore. Pour nous garantir de toute partialité, & ne rien donner à cette antique discorde qui regne entre les Philosophes & les Poetes, n’ôtons rien à la Poésie & à l’imitation de ce qu’elles peuvent alléguer pour leur defense, ni à nous des plaisirs innocens qu’elles peuvent nous procurer. Rendons cet honneur à la vérité d’en respecter jusqu’à l’image, & de laisser la liberté de se faire entendre à tout ce qui le renomme d’elle. En imposant silence aux Poetes, accordons à leurs amis la liberté de les défendre & de nous montrer, s’ils peuvent, que l’art condamné par nous comme nuisible, n’est pas seulement agréable, mais utile à la République & aux Citoyens. Ecoutons leurs raisons d’une oreille impartiale, & convenons de bon cœur que nous aurons