Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/87

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J’ai pensé, Monseigneur, que celui qui raisonneroit ainsi ne seroit point un blasphémateur, un impie ; qu’il proposeroit un moyen de paix juste, raisonnable, utile aux hommes ; & que cela n’empêcheroit pas qu’il n’eût sa Religion particuliere ainsi que les autres, & qu’il n’y fût tout aussi sincérement attaché. Le vrai Croyant, sachant que l’infidele est aussi un homme, & peut être un honnête homme, peut sans crime s’intéresser à son sort. Qu’il empêche un culte étranger de s’introduire dans son pays, cela est juste ; mais qu’il ne damne pas pour cela ceux qui ne pensent pas comme lui : car quiconque prononce un jugement si téméraire se rend l’ennemi du reste du genre-humain. J’entends dire sans cesse qu’il faut admettre la tolérance civile, non la théologique ; je pense tout le contraire. Je crois qu’un homme de bien, dans quelque Religion qu’il vive de bonne foi, peut être sauvé. Mais je ne crois pas pour cela qu’on puisse légitimement introduire en un pays des Religions étrangeres sans la permission du Souverain : car si ce n’est pas directement désobéir à Dieu, c’est désobéir aux Loix ; & qui désobéit aux Loix, désobéit à Dieu.

Quant aux Religions une fois établies ou tolérées dans un pays, je crois qu’il est injuste & barbare de les y détruire par la violence, & que le Souverain se fait tort à lui-même en maltraitant leurs sectateurs. Il est bien différent d’embrasser une Religion nouvelle, ou de vivre dans celle où l’on est né ; le premier cas seul est punissable. On ne doit ni laisser établir une diversité de cultes, ni proscrire ceux qui sont une fois établis ;car un fils n’a jamais