Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t6.djvu/94

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"Dieu seul sait la vérité. Si malgré tout cela nous nous trompons dans notre culte, il est toujours peu croyable que nous soyons condamnés à l’enfer, nous qui ne faisons que du bien sur la terre, & que vous soyez les élus de Dieu, vous qui n’y faites que du mal. Quand nous serions dans l’erreur, vous devriez la respecter pour votre avantage. Notre piété vous engraisse, & la vôtre vous consume ; nous réparons le mal que vous fait une Religion destructive. Croyez-moi, laissez-nous un culte qui vous est utile ; craignez qu’un jour nous n’adoptions le vôtre : c’est le plus grand mal qui vous puisse arriver. "

J’ai tâché, Monseigneur, de vous faire entendre dans quel esprit a été écrite la profession de foi du Vicaire Savoyard, & les considérations qui m’ont porté à la publier. Je vous demande à présent à quel égard vous pouvez qualifier sa doctrine de blasphématoire, d’impie, d’abominable, & ce que vous y trouvez de scandaleux & de pernicieux au genre-humain ? J’en dis autant à ceux qui m’accusent d’avoir dit ce qu’il faloit taire & d’avoir voulu troubler l’ordre public ; imputation vague & téméraire, avec laquelle ceux qui ont le moins réfléchi sur ce qui est utile ou nuisible, indisposent d’un mot le public crédule contre un Auteur bien intentionné. Est-ce apprendre au peuple à ne rien croire, que le rappeller à la véritable foi qu’il oublie ? Est-ce troubler l’ordre, que renvoyer chacun aux lois de son pays ? Est-ce anéantir tous les cultes que borner chaque peuple au sien ? Est-ce ôter celui qu’on a, que ne vouloir pas qu’on en change ? Est-ce se jouer de toute Religion, que respecter toutes les Religions ?