Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/102

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Lettre, que plus de la moitié de ce Peuple est Athée, & que c’est la seule nation de l’Asie ou l’Athéisme soit connu.

La curiosité naturelle à l’homme, continue-t-on, lui inspire l’envie d’apprendre. Il devroit donc travailler à la contenir, comme tous ses penchans naturels. Ses besoins lui en sont sentir la nécessité. À bien des égards les connoissances sont utiles ; cependant les Sauvages sont des hommes, & ne sentent point cette nécessité-là. Ses emplois lui en imposent l’obligation. Ils lui imposent bien plus souvent celle de renoncer à l’étude pour vaquer à ses devoirs.*

[* C’est une mauvaise marque pour une société, qu’il faille tant de Science dans ceux qui la conduisent, si les hommes etoient ce qu’ils doivent être, ils n’auroient gueres besoin, d’étudier pour apprendre les choses qu’ils ont à faire. Au reste, Ciceron lui-même qui, dit Montagne, "devoit au savoir tout son vaillant ; reprend aucuns de ses amis, d’avoir accoutume de mettre à l’Astrologie, au Droit, à la Dialectique & à la Géométrie plus de à tems que ne méritoient ces Arts, & que cela les divertissoit des devoirs de la vie plus utiles & honestes." Il me semble que dans cette cause commune, les Savans devroient mieux s’entendre entr’eux, & donner au moins des raisons sur lesquelles eux mêmes fussent d’accord.] Ses progrès lui en sont goûter le plaisir. C’est pour c’est même qu’il devroit s’en défier. Ses premieres découvertes augmentent l’avidité qu’il a de savoir. Cela arrive en effet à ceux qui ont du talent. Plus il connoît, plus il sent qu’il a de connoissances à acquérir ; c’est-à-dire, que l’usage de tout le tems qu’il perd, est de l’exciter à en perdre encore davantage : mais il n’y a gueres qu’un petit nombre d’hommes de génie en qui la vue de leur ignorance se développé en apprenant, & c’est pour eux seulement que l’étude peut être bonne : à peine les petits