Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/107

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des Hébreux, Joseph & Philon, qui par-tout ailleurs n’auroient été que deux hommes médiocres, furent des prodiges parmi eux. Les Saducéens, reconnoissables à leur irréligion, furent les Philosophes de Jérusalem ; les Pharisiens, grands hypocrites, en furent les Docteurs. *

[*On voyoit régner entre ces deux partis, cette haine & ce mépris réciproque qui régnerent de tout tems entre les Docteurs & les Philosophies ; c’est-à-dire, entre ceux qui font de leur tête un répertoire de la Science d’autrui, & ceux qui se piquent d’en avoir une à eux. Mettez aux prises le maître de musique & le maître à danser du Bourgeois Gentilhomme, vous aurez l’antiquaire & le bel esprit, le Chymille & l’Homme de Lettres ; le Jurisconsulte & le Médecin ; le Géometre & le Versificateur : le Théologien & le Philosophe ; pour bien juger de tous ces Gens-là, il suffit de s’en rapporter à eux-mêmes, & d’écouter ce que chacun vous dit, non de soi, mais des autres.] Ceux-ci, quoi qu’ils bornassent à peu près leur Science à l’étude de la Loi, faisoient cette étude avec tout le faste & toute la suffisance dogmatique ; ils observoient aussi aveu un grande soin toutes les pratiques de la Religion ; mais l’Evangile nous apprend l’esprit de cette exactitude, & le cas qu’il en faloit faire : au surplus, ils avoient tous très-peu de Science & beaucoup d’orgueil ; & ce n’est pas en cela qu’ils différoient le plus de nos Docteurs d’aujourd’hui.

Dans l’établissement de la nouvelle Loi, ce ne fut point à des Savans que Jésus-Christ voulut confier sa doctrine & son ministère. Il suivit dans son choix la prédilection qu’il a montrée en toute occasion pour les petits & les simples. Et dans les instructions qu’il donnoit à ses disciples, on ne voit pas mot d’étude ni de Science, si ce n’est pour marquer le mépris qu’il faisoit de tout cela.