Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/132

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grandes vertus, sur-tout une sévérité de mœurs qui est une marque infaillible de leur pureté, la bonne foi, l’hospitalité, la justice, &, ce qui est très-important, une grande horreur pour la débauche,*

[*Je n’ai nul dessein de faire ma cour aux femmes ; je consens qu’elles m’honorent de l’épithète de Pédant si redoutée de tous nos galans Philosophes. Je suis grossier, maussade, impoli par principes, & ne veux point de prôneurs ; ainsi je vais dire la vérité tout à mon aise.

L’homme & la femme sont faits pour s’aimer & s’unir ; mais passe cette union légitimé, tout commerce d’amour entr’eux est une source affreuse de désordres dans la société & dans les mœurs. Il est certain que les femmes seules pourroient ramener l’honneur & la probité parmi nous : mais elles dédaignent des mains de la vertu un empire qu’elles ne veulent devoir qu’a leurs charmes ; ainsi elles ne sont que du mal, & reçoivent souvent elles-mêmes la punition de cette préférence. On a peine à concevoir comment, dans une Religion si pure, la chasteté a pu devenir une vertu basse & monacale capable de rendre ridicule tout homme, & je dirois presque toute femme, qui oseroit s’en piquer ; tandis que chez les PaÏens cette même vertu etoit universellement honorée, regardée comme propre aux grands hommes, & admirée dans leurs plus illustres héros. J’en puis nommer trois qui ne céderont le pas à nul autre, & qui, sans que la Religion s’en’ mêlât, ont tous donne des exemples mémorables de continence : Cyrus, Alexandre, & le jeune Scipion. De toutes les raretés que renferme le Cabinet du Roi, je ne voudrois voir que le bouclier d’argent qui fut donne à ce dernier par les Peuples d’Espagne & sur lequel ils avoient fait graver le triomphe de sa vertu : c’est ainsi qu’il appartenoit aux Romains de soumettre les Peuples, autant par la vénération due à leurs mœurs, que par l’effort de leurs armes ; c’est ainsi que la ville des Falisques fut subjuguée, & Pyrrhus vainqueur, chasse de l’Italie.

Je me souviens d’avoir lu quelque part une assez bonne réponse du Poete Dryden à un jeune Seigneur Anglois, qui lui reprochoit que dans une de ses Tragédies, Cléomenes s’amusoit à causer tête-a-tête avec son amante au lieu de former quelque entreprise digne de son amour. Quand je suis auprès d’une belle, lui disoit le jeune Lord, je sais mieux mettre le tems à profit : Je crois, lui répliqua Dryden, mais aussi m’avouerez-vous bien que vous n’êtes pas un Héros.] mere seconde de tous les autres