Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/153

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ne me regardent pas, dont quelques-uns se réfutent d’eux-mêmes, & dont les autres ont déjà été réfutes. Je me contenterai de citer encore quelques morceaux pris au hazard, & qui me paroîtront avoir besoin d’éclaircissement. Il faut bien que je me borne à des phrases, dans l’impossibilité de suivre des raisonnemens dont je n’ai pu saisir le fil.

On prétend que les Nations ignorantes qui ont eu des idées de la gloire & de la vertu, sont des exceptions singulieres qui ne peuvent former aucun préjugé les sciences. Fort bien ; mais toutes les Nations savantes, avec leurs belles idées de gloire & de vertu, en ont toujours perdu l’amour & la pratique. Cela est sans exception : passons à la preuve. Pour nous en convaincre, jettons les yeux sur l’immense continent de l’Afrique, ou nul mortel n’est assez hardi pour pénétrer, ou assez heureux pour l’avoir tente impunément. Ainsi de ce que nous n’avons pu pénétrer dans le continent de l’Afrique, de ce que nous ignorons ce qui s’y passe, on nous fait conclure que les peuples en sont charges de vices : c’est si nous avions trouve le moyen d’y porter les nôtres, qu’il faudroit tirer cette conclusion. Si j’étois chef de quelqu’un des peuples de la Nigritie, je déclare que je ferois élever sur la frontière du pays une potence ou je ferois pendre sans rémission le premier Européen qui oseroit y pénétrer & le premier Citoyen qui tenteroit d’en sortir.*

[*On me demandera peut- être quel mal peut faire à l’etat un Citoyen qui en sort pour n’y plus rentrer ? Il fait du mal aux autres par le mauvais exemple qu’il donne, il en fait à lui-même par les vices qu’il va chercher. De toutes manieres c’est à la loi de la prévenir, & il vaut encore mieux qu’il soit pendu que méchant.] L’Amérique