Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/178

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Que de regrets coûta cette séparation funeste ! Que de touchans adieux furent dits & recommences ! Que de pleurs les sœurs de la jeune fille versèrent sur son visage ! Combien de fois elles la reprirent tour-à-tour dans leurs bras ! Combien de fois sa mere éplorée, en la serrant derechef dans les siens, sentit les douleurs d’une nouvelle séparation ! Mais son pere en l’embrassant ne pleuroit pas : ses muettes étreintes etoient mornes & convulsives ; des soupirs tranchans soulevoient sa poitrine. Hélas ! il sembloit prévoir l’horrible sort de l’infortunée. Oh, s’il eut su qu’elle ne reverroit jamais l’aurore ! S’il eut su que ce jour etoit le dernier de ses jours....Ils partent enfin, suivis des tendres bénédictions de toute leur famille, & de vœux qui meritoient d’être exauces. Heureuse famille, qui dans l’union la plus pure, coule au sein de l’amitié ses paisibles jours, semble n’avoir qu’un cœur à tous ses membres. Oh innocence des mœurs, douceur d’ame, antique simplicité, que vous êtes aimables ! Comment la brutalité du vice a-t-elle pu trouver place au milieu de vous ? Comment les fureurs de la barbarie n’ont-elles pas respecte vos plaisirs ?