Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/27

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


César lui-même n’eut jamais été qu’un chétif esclave.

Bornons-nous donc, pour abréger, aux divisions établies par les Philosophes, & contentons-nous de parcourir les quatre principales vertus auxquelles ils rapportent toutes les autres, bien sûrs que ce n’est pas dans des qualités accessoires, obscures & subalternes, que son doit chercher la base de HéroÏsme.

Mais dirons-nous que la justice soit cette base, tandis que c’est sur l’injustice même que la plupart des grands hommes ont fondé le monument de leur gloire ? Les uns enivrés d’amour pour la Patrie n’ont rien trouvé pour la servir & n’ont point hésité d’employer pour son avantage des moyens odieux que leurs généreuses ames n’eussent jamais pu se résoudre à employer pour le leur, d’autres dévorés d’ambition n’ont travaillé qu’à mettre leur pays dans les fers ; l’ardeur de la vengeance en a porté d’autres à le trahir. Les uns ont été d’avides conquérans, d’autres d’adroits usurpateurs, d’autres même n’ont pas eu honte de se rendre les Ministres de la tyrannie d’autrui. Les uns, ont méprisé leur devoir, les autres se sont joués de leur foi. Quelques-uns ont été injustes par systême, d’autres par foiblesse, la plupart par ambition : tous sont allés à l’immortalité.

La justice n’est donc pas la vertu qui caractérise le Héros. On ne dira pas mieux que ce soit la tempérance ou la modération, puisque c’est pour avoir manque de cette derniere vertu que les hommes les plus célebres se sont rendus immortels, & que le vice opposé à l’autre n’a empêche nul d’entr’eux de le devenir ; pas même Alexandre, que ce vice affreux couvrit du sang de son ami ; pas même César, à qui toutes les dissolutions