Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/309

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On vint ensuite à Vinius, dont il est pareillement douteux si le subit effroi lui coupa la voix, ou s’il s’écria qu’Othon n’avoit point ordonné sa mort : paroles qui pouvoient être l’effet de sa crainte, ou plutôt l’aveu de sa trahison, sa vie & sa réputation portant à le croire complice d’un crime dont il étoit cause.

On vit ce jour-là dans Sempronius Densus un exemple mémorable pour notre tems. C’étoit un Centurion de la cohorte Prétorienne, chargé par Galba de la garde de Pison. Il se jetta le poignard à la main au-devant des soldats en leur reprochant leur crime, & du geste & de la voix attirant les coups sur lui seul, il donna le tems à Pison de s’échapper, quoique blessé. Pison se sauva dans le Temple de Vesta, où il reçut asyle par la piété d’un esclave qui le cacha dans sa chambre ; précaution plus propre à différer sa mort que la Religion ni le respect des Autels. Mais Florus, soldat des cohortes Britanniques, qui depuis long-tems avoit été fait Citoyen par Galba, & Statius Murcus Lancier de la garde, tous deux particuliérement altérés du sang de Pison, vinrent de la part d’Othon le tirer de son asyle & le tuerent à la porte du Temple.

Cette mort fut celle qui fit le plus de plaisir à Othon, & l’on dit que ses regards avides ne pouvoient se lasser de considérer cette tête : soit que, délivré de toute inquiétude, il commençât alors à se livrer à la joie, soit que son ancien respect