Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/411

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pas s’associer des faquins. Autrefois, dit-il, c’étoit une grande affaire que d’être fait Dieu, aujourd’hui ce n’est plus rien.*

[*Je ne saurois me persuader qu’il n’y ait pas encore une lacune entre ces mots ; Olim, inquit, magna res erat Deum fieri : & ceux-ci, jam fama nimium fecisti. Je n’y vois ni liaison ni transition, ni aucune espece de sens à les lire ainsi de suite.] Vous n’avez déjà rendu cet homme-ci que trop célebre. Mais de peur qu’on ne m’accuse d’opiner sur la personne & non sur la chose, mon avis est que désormais on ne deifie plus aucun de ceux qui broutent l’herbe des champs ou qui vivent des fruits de la terre. Que si malgré ce sénatus-consulte quelqu’un d’eux s’ingere à l’avenir de trancher du Dieu, soit de fait, soit en peinture, je le dévoue aux larves, & j’opine qu’à la premiere foire sa déité reçoive les étrivieres & soit mise en vente avec les nouveaux esclaves.

Après cela vint le tour du divin fils de Vica-Pota désigné consul grippe-sou & qui gagnoit sa vie à grimeliner & vendre les petites villes. Hercule passant donc à celui-ci lui toucha galamment l’oreille & il opina dans ces termes : attendu que le divin Claude est du sang du divin Auguste & du sang de la divine Livie son ayeule, a laquelle il a même confirmé son brevet de déesse ; qu’il est d’ailleurs un prodige de science & que le bien public exige un adjoint à l’écot de Romulus ; j’opine qu’il soit dès ce jour créé & proclamé Dieu en aussi bonne forme qu’il s’en soit jamais fait, & que cet événement soit ajouté aux métamorphoses d’Ovide.