Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t7.djvu/457

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Ami, le moment où nous sommes exige d’autres soins & d’autres regrets. Ah ! pense, pense à tes fautes & au digne prix que Dieu promet aux fideles. Souffre en son nom, les tourmens te seront doux : aspire avec joie au séjour céleste. Vois le Ciel comme il est beau ; vois le soleil dont il semble que l’aspect riant nous appelle & nous console.

À ces mots tout le peuple païen éclate en sanglots, tandis que le fidele ose à peine gémir à plus basse voix. Le Roi même, le Roi sent au fond de son ame dure je ne sais quelle émotion prête à l’attendrir. Mais en la pressentant, il s’indigne, s’y refuse, détourne les yeux, & part sans vouloir se laisser fléchir. Toi seule, ô Sophronie, n’accompagne point le deuil général, & quand tout pleure sur toi, toi seule ne pleure pas !

En ce péril pressant survient un guerrier ou paroissant tel, d’une haute & belle apparence, dont l’armure & l’habillement étranger annonçoit qu’il venoit de loin. Le Tigre, fameuse enseigne qui couvre son casque, attira tous les yeux & fit juger avec raison que c’étoit Clorinde.