Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/135

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sespoir.

Elle vient. À ses yeux déguisons ma colère.

Qu'elle est charmante ! Hélas ! comment se peut-il faire

Qu'un esprit aussi noir anime tant d'attraits ?


Scène VIII.

ISABELLE, DORANTE.



ISABELLE.

530 Dorante, il n'est plus temps d'affecter désormais

Sur mes vrais sentiments un secret inutile.

Quand la chose nous touche ; on voit la moins habile

À l'erreur qu'elle feint se livrer rarement.

Je prétends avec vous agir plus franchement. 535 Je vous aime, Dorante ; et ma flamme sincère,

Quittant ces vains dehors d'une sagesse austère

Dont le faste sert mal à déguiser le coeur,

Veut bien à vos regards dévoiler son ardeur.

Après avoir longtemps vanté l'indifférence, 540 Après avoir souffert un an de violence,

Vous ne sentez que trop qu'il n'en coûte pas peu

Quand on se voit réduite à faire un tel aveu.


DORANTE.

Il faut en convenir ; je n'avais pas l'audace

De m'attendre, madame, à cet excès de grâce.