Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/19

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lement de preuve & de vraiſemblance, je ne fais qu’une réponſe ; elle est courte & énergique, & je les prie de ſe la tenir pour faite.

Ils prétendent encore que ma conduite est en contradiction avec mes principes, & il ne faut pas douter qu’ils n’emploient cette seconde inſtance à établir la premiere ; car il y a beaucoup de gens qui ſavent trouver des preuves à ce qui n’eſt pas. Ils diront donc qu’en faiſant de la musique & des vers, on a mauvaiſe grace à déprimer les beaux-arts, & qu’il y a dans les belles-lettres que j’affecte de mépriser mille occupations plus louables que d’écrire des Comédies. Il faut répondre auſſi à cette accuſation.

Premièrement, quand même on l’admettroit dans toute ſa rigueur, je dis qu’elle prouveroit que je me conduis mal, mais non que je ne parle pas de bonne-foi. S’il étoit permis de tirer des actions des hommes la preuve de leurs ſentimens, il faudroit dire que l’amour de la justice eſt banni de tous les cœurs & qu’il n’y a pas un ſeul chrétien sur la terre. Qu’on me montre des hommes qui agiſſent toujours conſéquemment à leurs maximes, & je paſſe condamnation ſur les miennes. Tel est le ſort de l’humanité, la raiſon nous montre le but & les paſſions nous en écartent. Quand il seroit, vrai que je n’agis pas ſelon mes principes, on n’auroit donc pas