Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/23

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Académies, nos Colleges, nos Universités, & de nous replonger dans toute la barbarie des premiers siecles."

Voilà ce que mes adversaires ont très-bien réfute : mais aussi jamais n’ai-je dit ni pense un seul mot de tout cela, & l’on ne sauroit rien imaginer de plus oppose à mon système que cette absurde doctrine qu’ils ont la bonté de m’attribuer. Mas voici ce que j’ai dit & qu’on n’a point réfute.

I1 s’agissoit de savoir si le rétablissement des sciences & des arts à contribue à épurer nos mœurs.

En montrant, comme je l’ai fait, que nos mœurs ne se sont point épurées,*

[*Quand j’ai dit que nos mœurs s’etoient corrompues, je n’ai pas prétendu dire pour cela que celles de nos aÏeux fussent bonnes, mais seulement que les nôtres etoient encore pires. Il y a parmi les hommes mille sources de corruption ; & quoique les sciences soient peut-être la plus abondante & la plus rapide, il s’en faut bien que ce soit la seule. La ruine de l’Empire Romain, les invasions d’une multitude de Barbares, ont fait un mélange de tous les peuples, qui a du nécessairement détruire les meurs & les coutumes de chacun d’eux. Les croisades, le commerce, la découverte de Indes, la navigation, les voyages de long cours, & d’autres causes encore que je ne veux pas dire, ont entretenu & augmente le désordre. Tout ce qui facilite la communication entre les diverses nations porte aux unes, non les vertus des autres, mais leurs crimes & altere chez toutes. Les mœurs qui sont propres à leur climat & à la constitution de leur gouvernement. Les sciences n’ont donc pas fait tout le mal, elles y ont seulement leur bonne part ; & celui sur-tout qui leur appartient en propre, c’est d’avoir donne à nos vices une couleur agréable, un certain air honnête qui nous empêche d’en avoir horreur. Quand on joua, pour la premiere fois, la Comédie du Méchant, je me souviens qu’on ne trouvoit pas que le rôle principal répondit au titre. Cléon ne parut qu’un homme ordinaire ; il etoit, disoit-on, comme tout le monde. Ce scélérat abominable, dont le caractere si bien expose auroit du faire frémir sur eux-mêmes tous ceux qui ont le malheur de lui ressembler, parut un caractere tout-à-fait manque, & ses noirceurs passerent pour des gentillesses, parce que tel qui se croyoit un fort honnête-homme, s’y reconnoissoit trait pour trait.] la question etoit a-peu-près résolue.

Mais elle en renfermoit implicitement une autre plus générale & plus importante, sur l’influence que la