Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/238

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n’ont pas même envoyé les billets que les autres avoient promis. On voit que ces gens-là, tout fiers de pouvoir être iniques impunément, se croiroient déshonorés s’ils faisoient un acte de justice.

En recommençant à ne me plus refuser les entrées, ils appellent cela me les rendre. Voilà qui est plaisant ! Qu’ils me rendent donc les cinq années accolées depuis qu’ils me les ont ôtées ; la jouissance de ces cinq années ne m’étoit-elle pas due, n’entroit-elle pas dans le traite ? Ces Messieurs penseroient-ils donc être quittes avec moi en me donnant les entrées le dernier jour de ma vie. Mon Ouvrage ne sauroit être à eux, qu’ils ne m’en payent le prix en entier. Ils ne peuvent, me dira-t-on, me rendre le tems passe : pourquoi me l’ont-ils ôte ? c’est leur faute, me le doivent-ils moins pour cela ? C’etoit à eux, par la représentation de cette impossibilité, & par de bonnes manieres, d’obtenir que je voulusse bien me relâcher en cela de mon droit, ou en accepter une compensation. Mais, bon ! je vaux bien la peine qu’on daigne, être juste avec moi ! soit. Voyons donc enfin de mon cote à quel titre je suis oblige de leur faire grace ? Ma foi, puisqu’ils sont si rogues, si vains, si dédaigneux de toute justice, je demande, moi, la justice en toute rigueur ; je veux tout le prix stipule, ou que le marche soit nul. Que si l’on me refuse la justice qui m’est due, comment ce refus fait-il mon tort, & qui est-ce qui m’ôtera le droit de me plaindre ? Qu’y a-t-i1 d’équitable, de raisonnable à répondre à cela ? Ne devrois-je point peut- être un remerciement à ces Messieurs, lorsqu’a regret & en rechignant, ils veulent bien ne me voler qu’une partie de ce qui m’est du.