Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/240

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crie, ni battu des mains aux Bouffons ; & je ne pouvois ni rire, ni bailler à l’Opéra François, puisque je n’y restois jamais, & qu’aussi-tôt que j’entendois commencer la lugubre psalmodie, je me sauvois dans les corridors. S’ils avoient pu me prendre en faute au Spectacle, ils se seroient bien garde de m’en éloigner. Tout le monde a su avec quel soin j’etois consigne, recommande aux sentinelles ; par-tout on n’attendoit qu’un mot, qu’un geste pour m’arrêter, & si-tôt que j’allois au Parterre, j’étois environne de mouches qui cherchoient m’exciter. Imaginez-vous s’il falut user de prudence pour ne donner aucune prise sur moi. Tous leurs efforts furent vains ; car il y a long tems que je me suis dit : Jean-Jaques, puisque tu prends le dangereux emploi de défenseur de la vérité, sois sans cesse attentif sur- toi même, soumis en tout aux loix & aux regles, afin que quand on voudra te maltraiter on ait toujours tort. Plaise à Dieu que j’observe aussi bien ce précepte jusqu’a la fin de ma vie, que je crois l’avoir observe jusqu’ici.Aussi, mon bon ami, je parle ferme & n’ai peur de rien. Je sens qu’il n’y a homme sur la terre qui puisse me faire du mal justement, & quant à l’injustice, personne au monde n’en est à l’abri. Je suis le plus foible des êtres, tout le monde peut me faire du mal impunément. J’éprouve qu’on le fait bien, & les insultes des Directeurs de l’Opéra, sont pour moi le coup-de-pied de l’âne. Rien de tout cela ne dépend de moi ; qu’y ferois-je ? Mais c’est mon affaire que quiconque me sera du mal, fasse mal, & voilà de quoi je rebonds.

Premièrement donc, ils mentent, & en second lieu, quand ils ne mentiroient pas, ils ont tort ; car quelque mal que s’eusse