Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/30

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


de la politique de notre siecle les sciences, les arts, le luxe, le commerce, les loix, & les autres liens qui resserrant entre les hommes les nœuds de la société *

[* Je me plains de ce que la Philosophie relâche les liens de la société qui sont formes par estime & la bienveillance mutuelle, & je me plains de ce que les sciences, les arts & tous les autres objets de commerce resserrent les liens de la société par l’intérêt personnel. C’est qu’en effet on ne peut resserrer un de ces liens que l’autre ne se relâche d’autant. I1 n’y a donc point en ceci de contradiction.] par l’intérêt personnel, les mettent tous dans une dépendance mutuelle, leur donnent des besoins réciproques, & des intérêts communs, & obligent chacun d’eux de concourir au bonheur des autres pour pouvoir faire le sien. Ces idées sont belles, sans doute, & présentées sous un jour favorable : mas en les examinant avec attention & sans partialité, on trouve beaucoup à rabattre des avantages qu’elles semblent présenter d’abord

C’est donc une chose bien merveilleuse que d’avoir mis les hommes dans l’impossibilité de vivre entr’eux sans se prévenir, se supplanter, se tromper, se trahir, se détruire mutuellement ! II faut désormais se garder de nous laisser jamais voir tels que nous sommes : car pour deux hommes dont les intérêts s’accordent, cent mille veut-être leur sont opposes, & il n’y a d’autre moyen pour réussir que de tromper ou perdre tous ces gens-là. Voilà la source funeste des violences, des trahisons, des perfidies,