Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/324

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chiffres ne marquent que des rapports, & que rapports, & que l’expression des sons n’est aussi que celle des rapports qu’ils ont ente’eux. Aussi avons-nous déjà remarque que les Grecs ne se servoient des lettres de leur Alphabet à cet usage, que parce que ces lettres etoient en même tems les chiffres de leur arithmétique, au lieu que les caracteres de notre Alphabet ne portant point communément avec eux les idées de nombre, ni de rapports, ne seroient pas, à beaucoup près, si propres à les exprimer.

Il ne faut pas s’étonner après cela si l’on à tente si souvent de substituer les chiffres aux notes de la Musique ; c’etoit assurément le service le plus important, que l’on eut pu rendre à cet Art, si ceux qui l’ont entrepris avoient eu la patience ou les lumieres nécessaires pour embrasser un système général dans toute son étendue. Le grand nombre de tentatives qu’on à faites sur ce point, fait voir qu’on sent depuis long-tems les defaults des caractères établis. Mais il fait voir encore qu’il est bien plus aise de les appercevoir que de les corriger ; faut-il conclure de-la que la chose est impossible ?

Nous voilà donc déjà détermines sur le choix des caracteres ; il est question maintenant de réfléchir sur la maniere de les appliquer. Il est sur que cela demande quelque soin : car s’il n’etoit question que d’exprimer tous les sons par autant de chiffres différens, il n’y auroit pas-là grande difficulté : mais aussi n’y auroit-il pas non plus grand mérite, & ce seroit ramener dans la Musique une confusion encore pire que celle qui naît de la position des notes.

Pour m’éloigner le moins qu’il est possible de l’esprit de la