Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/37

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faut seulement les distraire de faire le mal ; il faut les occuper à des niaiseries pour les détourner des mauvaises actions ; il faut les amuser au lieu de les prêcher. Si mes Ecrits ont édifie le petit nombre des bons, je leur ai fait tout le bien qui dependoit de moi, & c’est peut-être les servir utilement encore que d’offrir. aux autres des objets de distraction qui les empêchent de songer à eux. Je m’estimerois trop heureux d’avoir tous les jours une Piece à faire siffler, si je pouvois à ce prix contenir pendant deux heures les mauvais desseins d’un seul des Spectateurs, & sauver l’honneur de la fille ou de la femme de son ami, le secret de son confident, ou la fortune de son créancier. Lorsqu’il n’y a plus de mœurs, il ne faut songer qu’a la police ; & l’on fait assez que la Musique & les Spectacles en sont un des plus importans objets.

S’il reste quelque difficulté à ma justification, j’ose le dire hardiment, ce n’est ; vis-a-vis ni du public ni de mes adversaires ; c’est vis-a-vis de moi seul : car ce n’est qu’en m’observant moi-même que je puis juger si je dois me compter dans le petit nombre, & si mon ame est en etat de soutenir le faix des exercices littéraires. J’en ai senti plus d’une fois le danger ; plus d’une fois je les ai abandonnes dans le dessein de ne les plis reprendre, & renonÇant à leur charme séducteur, j’ai sacrifie à la