Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/419

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il seroit absurde que de la cause qui les écarte vînt le moyen qui les unit. D’où peut donc venir cette origine ? Des besoins moraux, des passions. Toutes les passions rapprochent les hommes que la nécessité de chercher à vivre force à se fuir. Ce n’est ni la faim, ni la soif, mais l’amour, la haine, la pitié, la colère, qui leur ont arraché les premieres voix. Les fruits ne se dérobent point à nos mains, on peut s’en nourrir sans parler ; on poursuit en silence la proie dont on veut se repaître : mais pour émouvoir un jeune cœur, pour repousser un agresseur injuste, la nature dicte des accens, des cris, des plaintes. Voilà les plus anciens mots inventés, & voilà pourquoi les premieres langues furent chantantes & passionnées avant d’être simples & méthodiques. Tout ceci n’est pas vrai sans distinction, mais j’y reviendrai ci-après.


CHAPITRE III.

Que le premier langage dut être figuré.

Comme les premiers motifs qui firent parler l’homme furent des passions, ses premieres expressions furent des tropes. Le langage figuré fut le premier à naître, le sens propre fut trouvé le dernier. On n’appela les choses de leur vrai nom que quand on les vit sous leur véritable forme. D’abord on ne parla qu’en poésie ; on ne s’avisa de raisonner que long-tems après.

Or, je sens bien qu’ici le lecteur m’arrête, & me demande