Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/424

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plus sourde, & plus froide. Ce progrès me paroît tout-à-fait naturel.

Un autre moyen de comparer les langues & de juger de leur ancienneté se tire de l’écriture, & cela en raison inverse de la perfection de cet art. Plus l’écriture est grossiere, plus la langue est antique. La premiere maniere d’écrire n’est pas de peindre les sons, mais les objets mêmes, soit directement, comme faisoient les Mexicains, soit par des figures allégoriques, comme firent autrefois les Égyptiens. Cet état répond à la langue passionnée, & suppose déjà quelque société & des besoins que les passions ont fait naître.

La seconde maniere est de représenter les mots & les propositions par des caractères conventionnels ; ce qui ne peut se faire que quand la langue est tout-à-foit formée & qu’un peuple entier est uni par des lois communes ; car il y a déjà ici double convention : telle est l’écriture des Chinois ; c’est là véritablement peindre les sons & parler aux yeux.

La troisième est de décomposer la voix parlante à un certain nombre de parties élémentaires, soit vocales, soit articulées, avec lesquelles on puisse former toutes les mots & toutes les syllabes imaginables. Cette maniere d’écriture, qui est la nôtre, a dû être imaginée par des peuples commerçans, qui, voyageant en plusieurs pays & ayant à parler plusieurs langues, furent forcés d’inventer des caractères qui pussent être communs à toutes. Ce n’est pas précisément peindre la parole, c’est l’analiser.

Ces trois manieres d’écrire répondent assez exactement