Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/429

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écrivoient sept, les premiers Romains six (*), MM. de Port-Royal en comptent dix, M. Duclos, dix-sept ; & je ne doute pas qu’on n’en trouvât beaucoup davantage, si l’habitude avoit rendu l’oreille plus sensible & la bouche plus exercée aux diverses modifications dont elles sont susceptibles. À proportion de la délicatesse de l’organe, on trouvera plus ou moins de modifications, entre l’a aigu & l’o grave, entre l’i & l’e ouvert, &c. C’est ce que chacun peut éprouver, en passant d’une voyelle à l’autre par une voix continue & nuancée ; car on peut fixer plus ou moins de ces nuances & les marquer par des caractères particuliers, selon qu’à force d’habitude on s’y est rendu plus ou moins sensible ; & cette habitude dépend des sortes de voix usitées dans le langage, auxquelles l’organe se forme insensiblement. La même chose peut se dire à peu près des lettres articulées ou consonnes. Mais la plupart des nations n’ont pas fait ainsi ; elles ont pris l’alphabet les unes des autres, & représenté, par les mêmes caractères, des voix & des articulations très-différentes. Ce qui fait que, quelque exacte que soit l’orthographe, on lit toujours ridiculement une autre langue que la sienne, à moins qu’on n’y soit extrêmement exercé.

L’écriture, qui semble devoir fixer la langue, est précisément ce qui l’altère ; elle n’en change pas les mots, mais le génie ; elle substitue l’exactitude à l’expression. L’on rend ses sentimens quand on parle, & ses idées quand on écrit. En écrivant, on est forcé de prendre tous les mots dans l’acception


Vocales quas græce septem, Romulus sex, usus posterior quinque commemorat, y velut græce rejecta. Mart. Capel : l. III.