Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/435

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Je m’attends bien que plusieurs de leurs grammairiens, prévenus que les accens marquent élévation ou abaissement de voix, se récrieront encore ici au paradoxe ; et, faute de mettre assez de soins à l’expérience, ils croiront rendre par les modifications de la glotte ces mêmes accens qu’ils rendent uniquement en variant les ouvertures de la bouche ou les positions de la langue. Mais voici ce que j’ai à leur dire pour constater l’expérience & rendre ma preuve sans réplique.

Prenez exactement avec la voix l’unisson de quelque instrument de musique ; et, sur cet unisson, prononcez de suite tous les mots françois les plus diversement accentués que vous pourrez rassembler : comme il n’est pas ici question de l’accent oratoire, mais seulement de l’accent grammatical, il n’est pas même nécessaire que ces divers mots oient un sens suivi. Observez, en parlant ainsi, si vous ne marquez pas sur ce même son tous les accens aussi sensiblement, aussi nettement, que si vous prononciez sans gêne en variant votre ton de voix. Or, ce fait supposé, & il est incontestable, je dis que, puisque tous vos accens s’expriment sur le même ton, ils ne marquent donc pas des sons différens. Je n’imagine pas ce qu’on peut répondre à cela.

Toute langue où l’on peut mettre plusieurs airs de musique sur les mêmes paroles n’a point d’accent musical déterminé. Si l’accent étoit déterminé, l’air le seroit aussi. Dès que le chant est arbitraire, l’accent est compté pour rien.

Les langues modernes de l’Europe sont toutes du plus au moins dans le même cas. Je n’en excepte pas même l’italienne. La langue italienne, non plus que la françoise, n’est