Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/436

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point par elle-même une langue musicale. La différence est seulement que l’une se prête à la musique, & que l’autre ne s’y prête pas.

Tout ceci mène à la confirmation de ce principe, que, par un progrès naturel, toutes les langues lettrées doivent changer de caractère & perdre de la force en gagnant de la clarté ; que, plus on s’attache à perfectionner la grammaire & la logique, plus on accélère ce progrès, & que, pour rendre bientôt une langue froide & monotone, il ne faut qu’établir des académies chez le peuple qui la parle.

On connoît les langues dérivées par la différence de l’orthographe à la prononciation. Plus les langues sont antiques & originales, moins il y a d’arbitraire dans la maniere de les prononcer, par conséquent moins de complication de caractères pour déterminer cette prononciation. Tous les signes prosodiques des anciens, dit M. Duclos, supposé que l’emploi en fut bien fixé, ne valoient pas encore l’usage. Je dirai plus ; ils y furent substitués. Les anciens Hébreux n’avoient ni points, ni accens, ils n’avoient pas même des voyelles. Quand les autres nations ont voulu se mêler de parler hébreu, & que les Juifs ont parlé d’autres langues, la leur a perdu son accent ; il a fallu des points, des signes pour le régler ; & cela a bien plus rétabli le sens des mots que la prononciation de la langue. Les Juifs de nos jours, parlant hébreu, ne seroient plus entendus de leurs ancêtres.

Pour savoir l’Anglois, il faut l’apprendre deux fois ; l’une à le lire, & l’autre à le parler. Si un Anglais lit à haute voix, & qu’un étranger jette les yeux sur le livre, l’étranger