Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/450

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


heurs qui rassemblerent les hommes épars disperseroient ceux qui sont réunis.

Les révolutions des saisons sont une autre cause plus générale & plus permanente, qui dut produire le même effet dans les climats exposés à cette variété. Forcés de s’approvisionner pour l’hiver, voilà les habitans dans le cas de s’entr’aider, les voilà contraints d’établir entre eux quelque sorte de convention. Quand les courses deviennent impossibles & que la rigueur du froid les arrête, l’ennui les lie autant que le besoin : les Lapons, ensevelis dans leurs glaces, les Esquimaux, le plus sauvage de tous les peuples, se rassemblent l’hiver dans leurs cavernes, & l’été ne se connaissent plus. Augmentez d’un degré leur développement & leurs lumieres, les voilà réunis pour toujours.

L’estomac ni les intestins de l’homme ne sont pas faits pour digérer la chair crue : en général son goût ne la supporte pas. À l’exception peut-être des seuls Esquimaux dont je viens de parler, les sauvages mêmes grillent leurs viandes. À l’usage du feu, nécessaire pour les cuire, se joint le plaisir qu’il donne à la vue, & sa chaleur agréable au corps : l’aspect de la flamme, qui fait fuir les animaux, attire l’homme (*). On se rassemble autour d’un foyer commun, on y fait des festins, on y danse : les doux liens de l’habitude y rapprochent insensi-


Le feu fait grand plaisir aux animaux ainsi qu’à l’homme, lorsqu’ils sont accoutumés à sa vue et qu’ils ont senti sa douce chaleur. Souvent même il ne leur serait guère moins utile qu’à nous, au moins pour réchauffer leurs petits. Cependant on n’a jamais ouï dire qu’aucune bête, ni sauvage ni domestique, ait acquis assez d’industrie pour faire du feu, même à notre exemple.