Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/457

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CHAPITRE X.

Formation des langues du nord.

À la longue tous hommes deviennent semblables, mais l’ordre de leur progrès est différent. Dans les climats méridionaux, où la nature est prodigue, les besoins naissent des passions ; dans les pays froids, où elle est avare, les passions naissent des besoins, & les langues, tristes filles de la nécessité, se sentent de leur dure origine.

Quoique l’homme s’accoutume aux intempéries de l’air, au froid, au malaise, même à la faim, il y a pourtant un point où la nature succombe : en proie à ces cruelles épreuves, tout ce qui est débile périt ; tout le reste se renforce ; & il n’y a point de milieu entre la vigueur & la mort. Voilà d’où vient que les peuples septentrionaux sont si robustes : ce n’est pas d’abord le climat qui les a rendus tels ; mais il n’a souffert que ceux qui l’étoient, & il n’est pas étonnant que les enfans gardent la bonne constitution de leur pères.

On voit déjà que les hommes, plus robustes, doivent avoir des organes moins délicats ; leurs voix doivent être plus âpres & plus fortes. D’ailleurs quelle différence entre des inflexions touchantes qui viennent des mouvemens de l’ame aux cris qu’arrachent les besoins physiques ! Dans ces affreux climats où tout est mort durant neuf mois de l’année, où le soleil n’échauffe l’air quelques semaines que pour apprendre