Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/464

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


bruit de la bouche, ils étoient tout surpris de n’avoir tué personne. Nos orateurs, nos musiciens, nos savans, ressemblent à ces Indiens. Le prodige n’est pas qu’avec notre musique nous ne fassions plus ce que faisoient les Grecs avec la leur ; il serait, au contraire, qu’avec des instrumens si différens on produisît les mêmes effets.


CHAPITRE XIII

De la Mélodie.

L’HOMME est modifié par ses sens, personne n’en doute ; mais faute de distinguer les modifications, nous en confondons les causes ; nous donnons trop & trop peu d’empire aux sensations ; nous ne voyons pas que souvent elles ne nous affectent point seulement comme sensations, mais comme signes ou images, & que leurs effets moraux ont aussi des causes morales. Comme les sentimens qu’excite en nous la peinture ne viennent point des couleurs, l’empire que la musique a sur nos ames n’est point l’ouvrage des sons. De belles couleurs bien nuancées plaisent à la vue, mais ce plaisir est purement de sensation. C’est le dessin, c’est l’imitation qui donne à ces couleurs de la vie & de l’ame ; ce sont les passions qu’elles expriment qui viennent émouvoir les nôtres ; ce sont les objets qu’elles représentent qui viennent nous affecter. L’intérêt & le sentiment ne tiennent point aux couleurs ; les traits d’un tableau touchant nous touchent encore dans une