Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/471

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CHAPITRE XV

Que nos plus vives sensations agissent souvent par des impressions morales.

TANT qu’on ne voudra considérer les sons que par l’ébranlement qu’ils excitent dans nos nerfs, on n’aura point les vrais principes de la musique & de son pouvoir sur les cœurs. Les sons, dans la mélodie, n’agissent pas seulement sur nous comme sons, mais comme signes de nos affections, de nos sentimens ; c’est ainsi qu’ils excitent en nous les mouvemens qu’ils expriment, & dont nous y reconnaissons l’image. On aperçoit quelque chose de cet effet moral jusques dans les animaux. L’aboiement d’un chien en attire un autre. Si mon chat m’entend imiter un miaulement, à l’instant je le vois attentif, inquiet, agité. S’aperçoit-il que c’est moi qui contrefais la voix de son semblable, il se rassied & reste en repos. Pourquoi cette différence d’impression, puisqu’il n’y en a point dans l’ébranlement des fibres, & que lui-même y a d’abord été trompé ?

Si le plus grand empire qu’ont sur nous nos sensations n’est pas dû à des causes morales, pourquoi donc sommes-nous si sensibles à des impressions qui sont nulles pour des barbares ? Pourquoi nos plus touchantes musique ne sont-elles qu’un vain bruit à l’oreille d’un Caraïbe ? Ses nerfs sont-ils d’une autre nature que les nôtres ? pourquoi ne sont-ils