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CHAPITRE XX

Rapport des langues aux gouvernemens.

CES progrès ne sont ni fortuits ni arbitraires ; ils tiennent aux vicissitudes des choses. Les langues se forment naturellement sur les besoins des hommes ; elles changent & s’alterent selon les changemens de ces mêmes besoins. Dans les anciens tems, où la persuasion tenoit lieu de force publique, l’éloquence étoit nécessaire. À quoi servirait-elle aujourd’hui, que la force publique supplée à la persuasion ? L’on n’a besoin ni d’art ni de figure pour dire, tel est mon plaisir. Quels discours restent donc à faire au peuple assemblé ? des sermons. Et qu’importe à ceux qui les font de persuader le peuple, puisque ce n’est pas lui qui nomme aux bénéfices ? Les langues populaires nous sont devenues aussi parfaitement inutiles que l’éloquence. Les sociétés ont pris leur derniere forme : on n’y change plus rien qu’avec du canon & des écus ; & comme on n’a plus rien à dire au peuple, sinon, donnez de l’argent, on le dit avec des placards au coin des rues, ou des soldats dans les maisons. Il ne faut assembler personne pour cela : au contraire, il faut tenir les sujets épars ; c’est la premiere maxime de la politique moderne.

Il y a des langues favorables à la liberté ; ce sont les langues sonores, prosodiques, harmonieuses, dont on distingue le discours de fort loin. Les nôtres sont faites pour le bour-