Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/497

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point du tout. Telle en pourroit être une qui ne seroit composée que de sons mixtes, de syllabes muettes, sourdes ou nazales, peu de voyelles sonores, beaucoup de consonnes & d’articulations, & qui manqueroit encore d’autres conditions essentielles, dont je parlerai dans l’article de la mesure. Cherchons, par curiosité, ce qui resulteroit de la Musique appliquée à une telle langue.

Premièrement, le défaut d’éclat dans le son des voyelles obligeroit d’en donner beaucoup a celui des notes, & parce que la langue seroit sourde, la Musique seroit criarde. En second lieu, la dureté & la fréquence des consonnes forceroit a exclure beaucoup de mots, a ne procéder sur les autres que par des intonations élémentaires, & la Musique seroit insipide & monotone ; sa marche seroit encore lente & ennuyeuse par la même raison, & quand on voudroit presser un peu le mouvement, sa vitesse ressembleroit a celle d’un corps dur & anguleux qui roule sur le pave.

Comme une telle Musique seroit dénuée de toute mélodie agréable, on tâcheroit d’y suppléer par des beautés factices & peu naturelles ; on la chargeroit de modulations fréquentes & régulières, mais froides, sans graces & sans expression. On inventeroit des fredons, des cadences, des ports de voix d’autres agrémens postiches qu’on prodiguerait dans le chant, & qui ne feroient que le rendre plus ridicule sans le rendre moins plat. La Musique avec toute cette maussade parure resteroit languissante & sans expression, & ses images, dénuées de force & d’énergie, peindroient peu d’objets en beaucoup de notes, comme ces ecritures gothiques, dont les lignes