Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/500

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ou du-moins la mieux cadencée, ne soit celle ou ces trois mesures concourent ensemble le plus parfaitement qu’il est possible.

Après ces éclaircissemens, je reviens à mon hypothèse, & je suppose que la même langue, dont je viens de parler, eut une mauvaise prosodie, peu marquée, sans exactitude & sans précision, que les longues & les brèves n’eussent pas entr’elles en durées & en nombres des rapports simples & propres à rendre le rythme agréable, exact, régulier ; qu’elle eut des longues plus ou moins longues les unes que les autres, des brèves plus ou moins brèves, des syllabes ni brèves, ni longues, & que les différences des unes & des autres autres fussent indéterminées & presque incommensurables : il est clair que la Musique Nationale étant contrainte de recevoir dans sa mesure les irrégularités de la prosodie, n’en auroit qu’une fort vague, inégale & très-peu sensible ; que le récitatif se sentiroit, sur-tout, de cette irrégularité ; qu’on ne sauroit presque comment y faire accorder les valeurs des notes & celles des syllabes ; qu’on seroit contraint d’y charger de mesure a tout moment, & qu’on ne pourroit jamais y rendre les vers dans un rythme exact & cadence ; que même dans les airs mesures tous les mouvemens seroient peu naturels & sans précision ; que pour peu de lenteur qu’on joignît à ce défaut, l’idée de l’égalité des tems se perdroit entièrement dans l’esprit du Chanteur & de l’Auditeur, & qu’enfin la mesure n’étant plus sensible, ni ses retours égaux, elle ne seroit assujettie qu’au caprice du Musicien, qui pourroit a chaque instant la presser ou ralentir a son gré, de