Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/512

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ornemens arbitraires, & seulement à ceux qui sont convenus de les trouver beaux. Aussi à peine notre Musique est-elle supportable a nos propres oreilles, lorsqu’elle est exécutée par des voix médiocres qui manquent d’art pour la faire valoir. Il faut des Fel & des Jeliotte pour chanter la Musique Françoise, mais toute voix est bonne pour l’Italienne, parce que les beautés du chant Italien sont dans la Musique même, au lieu que celles du chant François, s’il en a, ne sont que dans l’art du Chanteur.*

[*Au reste, c’est une erreur de croire qu’en général, les Chanteurs Italiens aient moins de voix que les François. Il faut au contraire qu’ils aient le timbre plus fort & plus harmonieux pour pouvoir se faire entendre sur les théâtres immenses de l’Italie, sans cesser de ménager les sons, comme le veut la Musique Italienne. Le chant François exige tout l’effort des poumons, toute l’étendue de la voix ; plus fort, nous disent nos Maîtres ; enflez les sons, ouvrez la bouche, donnez toute votre voix. Plus doux, disent les Maîtres Italiens, ne forcez point, chantez sans gêne, rendu, vos sons doux, flexibles & coulans, réservez les éclats pour ces momens rares & passagers ou il faut surprendre & déchirer. Or, il me paroit que, dans la nécessité de se faire entendre, celui-là doit avoir plus de voix, qui peut se passer de crier.]

Trois choses me paroissent concourir à la perfection de la mélodie Italienne. La premiere est la douceur de la langue qui rendant toutes les inflexions faciles, laisse au goût du Musicien la liberté d’en faire un choix plus exquis, de varier davantage les combinaisons, & de donner a chaque Acteur un tour de chant particulier, de même que chaque homme a son geste & son ton qui lui sont propres, & qui le distinguent d’un autre homme.

La deuxieme est la hardiesse des modulations, qui quoique