Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/545

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........ Ciel ! qui peut m’arrêter ? Achevons...je frémis. Vengeons-nous...je soupire.

Voilà certainement le moment le plus violent de toute le scene. C’est ici que se fait le plus grand combat dans le cœur d’Armide. Qui croiroit que le Musicien a laisse toute cette agitation dans le même ton, sans la moindre transition intellectuelle, sans le moindre écart harmonique,d’une maniere si insipide, avec une mélodie si peu caractérisée & une si inconcevable mal-adresse, qu’au lieu du dernier vers que dit le Poete,

Achevons ; je frémis. Vengeons-nous ; je soupire.

le Musicien dit exactement celui-ci.

Achevons ; achevons. Vengeons-nous ; vengeons-nous.

Les trilles sont sur-tout un bel effet sur de telles paroles, & c’est une chose bien trouvée que la cadence parfaite sur le mot soupire !

Est-ce ainsi que je dois me venger aujourd’hui ? Ma colere s’éteint quand j’approche de lui.

Ces deux vers seroient bien déclames s’il y avoit plus d’intervalle entr’eux, & que le second finit pas par une cadence parfaite. Ces cadences parfaites sont toujours la mort de l’expression, sur-tout dans, le récitatif François ou elles tombent si lourdement.

Plus je le vois, plus ma vengeance est vaine.

Toute personne qui sentira la véritable déclamation de ce