Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/554

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Il s’agit donc, Messieurs, de nous bien réunir dans ce moment pour empêcher que celui-ci ne soit mis au théâtre, ou du moins pour l’y faire tomber avec éclat, sur -tout s’il est bon, afin que les bouffons s’en aillent charges de la haine publique, & que tout Paris apprenne, par cet exemple, a craindre notre autorité & a respecter nos décisions. Dans cette vue, je me suis adroitement insinue chez le Sieur Bambini, sous prétexte d’amitié, & comme le bon-homme ne se défioit de rien, car il n’a pas seulement l’esprit de voir les tours que nous lui jouons, il m’a sans mystère montre son Intermede. Le titre en est l’Oiseleuse Angloise, & l’Auteur de la Musique est un certain Jommelli. Or vous saurez que ce Jommelli est un de ces ignorans d’Italiens qui ne savent rien, & qui sont, on ne sait comment, de la Musique ravissante que nous avons quelquefois beaucoup de peine a défigures. Pour en méditer a loisir les moyens, j’ai examine la partition avec autant de soin qu’il m’a été possible ; malheureusement, je ne suis pas, non plus que les autres ; sort habile a déchiffrer, mais j’en ai vu suffisamment pour connoître que cette symphonie semble faite exprès pour favoriser nos projets : elle est fort coupée, fort variée, pleine de petits jours, de petites réponses de divers instrumens qui entrent les uns après les autres ; en un mot, elle demande une précision singuliere dans l’exécution. Jugez de la facilite que nous aurons a brouiller tout cela sans affectation & d’un air tout -à-fait naturel : pour peu que nous voulions nous entendre, nous allons faire un charivari de tous les Diables ; cela sera délicieux. Voici donc un projet de règlement que nous avons