Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/564

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


le premier contre lequel les artistes auront argumenté de la sorte. On lui demandera sur quel fondement il prétend déroger aux loix établies, & en introduire d’autres de son autorité.

On lui reprochera de vouloir ramener à l’arbitraire, les regles d’une science qu’on a fait tant d’effort pour réduire en principes ; d’enfreindre dans ses progressions la liaison harmonique, qui est la loi la plus générale & l’épreuve la plus sure de toute bonne harmonie.

On lui demandera ce qu’il prétend substituer à l’accord sensible, dont son Mode n’est nullement susceptible, pour annoncer les changemens de ton. Enfin on voudra savoir encore pourquoi, dans l’essai qu’il a donné au Public, il a tellement entre-mêlé son Mode avec les deux autres, qu’il n’y a qu’un très-petit nombre de Connoisseurs, dont l’oreille exercée & attentive, ait démêlé ce qui appartient en propre à son nouveau systême.

Ses réponses, je crois les prévoir à-peu-près. Il trouvera aisément en sa faveur des analogies, du moins aussi bonnes que celles dont nous avons la bonté de nous contenter. Selon lui, le Mode mineur n’aura pas de meilleurs fondemens que le lien. Il nous soutiendra que l’oreille est notre premier maître d’harmonie, & que, pourvu que celui-là soit content, la raison doit se borner à chercher pourquoi il l’est, & non à lui prouver qu’il a tort de l’être. Qu’il ne cherche, ni à introduire dans les choses l’arbitraire qui n’y est point, ni à dissimuler celui qu’il y trouve. Or, cet arbitraire est si constant que, même dans la regle de l’octave, il y a une faute contre les regles ; remarque qui ne sera pas, si l’on