Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/577

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


La plupart des hommes qui ne savent pas la Musique, & qui n’ont pas appris combien il est beau de faire grand bruit, prennent tous leurs chants dans le Médium de leur voix, & son diapason ne s’étend pas communément jusqu’a pouvoir en entonner la Basse-fondamentale, quand même ils la sauroient. Ainsi, non-seulement cet ignorant qui compose un air, n’a nulle notion de la Basse-fondamentale de cet air, il est même également hors d’etat & d’exécuter cette Basse lui-même, & de la reconnoître lorsqu’un autre l’exécute. Mais cette Basse-fondamentale qui lui a suggère son chant, & qui n’est ni dans son entendement, ni dans son organe, ni dans sa mémoire, ou est-elle donc ?

M. Rameau prétend qu’un ignorant entonnera naturellement les sons fondamentaux les plus sensibles, comme, par exemple, dans le ton. d’ut un sol sous un re, & un ut sous un mi. Puisqu’il dit en avoir fait l’expérience, je ne veux pas en ceci rejetter son autorité. Mais quels sujets a-t-il pris pour cette épreuve ? Des gens qui, sans savoir la Musique, avoient cent fois entendu de l’harmonie & des accords ; de sorte que l’impression des intervalles harmoniques, & du progrès correspondant des Parties dans les passages les plus frequens, etoit restée dans leur oreille, & se transmettroit a leur voix sans même qu’ils s’en doutassent. Le jeu des racleurs de Guinguettes suffit seul pour exercer le peuple des environs de Paris, a l’intonation des tierces & des quintes. J’ai sait ces mêmes expériences sur des hommes plus rustiques & dont l’oreille etoit juste ; elles ne m’ont jamais rien donne de semblable. Ils n’ont entendu la Basse qu’autant que je la leur