Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/579

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apparent, sans songer qu’un intervalle ne doit être censé le même, & sur-tout en mélodie, qu’autant qu’il a le même rapport au mode ; ce qui n’a lieu dans aucun des passages qu’il cite. Ce sont bien sur le clavier les mêmes touches, & voilà ce qui trompe M. Rameau, mais ce sont réellement autant de mélodies différentes ; car, non-seulement elles se présentent toutes a l’oreille sous des idées diverses, mais même leurs intervalles exacts différent presque tous les uns des autres. Quel est le Musicien qui dira qu’un triton & une fausse quinte, une septieme diminuée & une sixte majeure, une tierce mineure & une seconde superflue forment la même mélodie, parce que les intervalles qui les donnent sont les mêmes sur le clavier ? Comme si l’oreille n’apprecioit pas toujours les intervalles selon leur justesse dans le mode, & ne corrigeoit par les erreurs du tempérament sur les rapports de la modulation ! Quoique la Basse détermine quelquefois avec plus de promptitude & d’Energie les changemens de ton, ces changemens ne laisseroient pourtant pas de se faire sans elle, & je n’ai jamais prétendu que l’accompagnement fut inutile a la mélodie, mais seulement qu’il lui devoit être subordonne. Quand tous ces passages de l’ut au fa dièse seroient exactement le même intervalle, employés dans leurs différentes places, ils n’en seroient pas moins autant de chants differens, étant pris ou supposes sur différentes cordes du mode, & composes de plus ou moins de degrés. Leur variété ne vient donc pas de l’harmonie, mais seulement de la modulation qui appartient incontestablement a la mélodie.

Nous ne parlons ici que de deux notes d’une durée indé-