Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/593

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l’unisson de la plus petite partie, & on ne l’a pas distingue. Le fait important, dont il faloit s’assurer & dont dependoit tout le reste, etoit qu’il n’existoit point de nœuds immobiles ; & que, tandis qu’on n’entendoit que le son d’une partie, on voyoit frémir la corde dans la totalité ; ce qui est faux.

Quand cette expérience seroit vraie, les origines qu’en déduit M. Rameau ne seroient pas plus réelles : car l’harmonie ne consiste pas dans les rapports de vibrations, mais dans le concours des sons qui en résultent ; & si ces sons sont nuls, comment toutes les proportions du monde leur donneroient-elles une existence qu’ils n’ont pas ?

Il est tems de m’arrêter. Voilà jusqu’où l’examen des erreurs de M. Rameau peut importer a la science harmonique. Le reste n’intéresse ni les Lecteurs, ni moi-même. Arme par le droit d’une juste défense, j’avois a combattre deux principes de cet Auteur, dont l’un a produit toute la mauvaise Musique dont son ecole inonde le Public depuis nombre d’années ; l’autre le mauvais accompagnement qu’on apprend par sa méthode. J’avois a montrer que son système harmonique est insuffisant, mal prouve, fonde sur une fausse expérience. J’ai cru ces recherches intéressantes. J’ai dit mes raisons, M. Rameau a dit ou dira les siennes ; le Public nous jugera. Si je finis si-tôt cet écrit, ce n’est pas que la matiere me manque ; mais j’en ai dit assez pour l’utilité de l’Art & pour l’honneur de la vérité ; je ne crois pas avoir a défendre le mien contre les outrages de M. Rameau. Tant qu’il m’attaque en Artiste, je me fais un devoir de lui répondre, & discute avec lui volontiers les points contestes. Si-tôt que l’homme se montre & m’attaque personnellement, je n’ai plus rien a lui dire, & ne vois en lui que le Musicien.