Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/605

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nos docteurs, ou si peut-être, comme moi & quelques autres esprits vulgaires, avons ose le penser, il y a essentiellement & nécessairement une Musique propre a chaque langue, excepte pour les langues qui, n’ayant point d’accent & ne pouvant avoir de Musique a elles, se servent comme elles peuvent de celle d’autrui, prétendant, a cause de cela, que ces Musiques étrangères qu’elles usurpent au préjudice de nos oreilles, ne sont a personne ou sont a tous : comme encore a l’éclaircissement de ce grand principe de l’unité de Mélodie, suivi trop exactement par Pergolese & par Leo, pour n’avoir pas été connu d’eux ; suivi très-souvent encore, mais pas instinct & sans le connoître, par les Compositeurs Italiens mode mes ; suivi très-rarement par hazard, par quelques Compositeurs Allemands, mais ni connu par aucun Compositeur François, ni suivi jamais dans aucune autre Musique Françoise que le seul Devin du Village, & propose par l’Auteur de la Lettre sur la Musique Françoise, & du Dictionnaire de Musique, sans avoir été, ni compris, ni suivi, ni peut-être lu par personne ; principe dont la Musique moderne s’écarte journellement de plus en plus, jusqu’a ce qu’enfin elle vienne a dégénérer en un tel charivari, que les oreilles ne pouvant plus la souffrir,, les Auteurs soient ramènes de force a ce principe si dédaigne, & a la marche de la nature.

Ceci, Monsieur, me meneroit a des discussions techniques qui vous ennuyeroient peut-être par leur inutilité, & infailliblement par leur longueur. Cependant, comme il pourroit se trouver par hazard, dans mes vieilles reveries Musicales, quelques bonnes idées, je m’étois propose d’en jetter quelques-unes