Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t8.djvu/616

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& de plaire a la faveur de l’illusion ; mais débitées froidement & platement par castrâtes, comme des leçons d’ecolier, elles ennuyeront sans doute, & sur -tout quand elles seront trop longues, mais ce ne sera pas la faute du récitatif.

Dans les momens ou le récitatif, moins récitant & plus passionne, prend un caractere plus touchant, on peut y placer avec sucées un simple accompagnement de notes tenues qui, par le concours de cette harmonie, donnent plus de douceur a l’expression. C’est le simple récitatif accompagne, qui revenant par intervalles rares & bien choisis, contraste avec la sécheresse du récitatif nud & produit un très-bon effet.

Enfin, quand la violence de la passion fait entre-couper la parole par des propos commences & interrompus, tant a cause de la force des sentimens qui ne trouvent point de termes suffisans pour s’exprimer, qu’a cause de leur impétuosité qui les fait succéder en tumulte les uns aux autres, avec une rapidité sans suite & sans ordre, je crois que le mélange alternatif de la parole & de la symphonie peut seul exprimer une pareille situation. L’acteur livre tout entier a sa passion n’en doit trouver que l’accent. La mélodie trop peu appropriée a l’accent de la langue, & le rhythme musical qui ne s’y prête point du tout, affoibliroient, énerveroient toute l’expression en s’y mêlant ; cependant ce rhythme & cette mélodie ont un grand charme pour l’oreille, & par elle une grande force sur le cœur. Que faire alors pour employer a la sois toutes ces especes de forces ? Faire exactement ce qu’on fait dans le récitatif oblige ; donner a la parole tout l’accent