Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/160

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Quelques Auteurs avoient introduit l’usage de couvrir d’un trait toutes les Notes de la Basse qui passoient sous un même Accord ; c’est ainsi que les jolies Cantates de M. Clerambault sont chiffrées : mais cette invention étoit trop commode pour durer ; elle montroit aussi trop clairement à l’œil toutes les syncopes d’Harmonie. Aujourd’hui quand on soutient le même Accord sous quatre différentes Notes de Basse, ce sont quatre Chiffres différens qu’on leur fait porter, de sorte que l’Accompagnateur, induit en erreur, se hâte de chercher l’Accord même qu’il a sous le main. Mais c’est la mode en France de charger les Basses d’une confusion de Chiffres inutiles : on chiffre tout, jusqu’aux Accords les plus évidens, & celui qui met le plus de Chiffres croit être le plus savant. Une Basse ainsi hérissée de Chiffres triviaux rebute l’Accompagnateur & lui fait souvent négliger les Chiffres nécessaires. L’Auteur doit supposer, ce me semble, que l’Accompagnateur fait les élémens de l’Accompagnement, qu’il fait placer une Sixte sur une Médiante, une Fausse-Quinte sur une Note sensible, une Septieme sur une Dominante, &c. Il ne doit donc pas chiffrer des Accords de cette évidence moins qu’il ne faille annoncer un changement de Ton. Les Chiffres ne sont faits que pour déterminer le choix de l’Harmonie dans les cas douteux, ou le choix des Sons dans les Accords qu’on ne doit pas remplir. Du reste, c’est très-bien fait d’avoir des Basses chiffres exprès pour les Ecoliers. Il faut que les Chiffres montrent à ceux-ci l’application des Regles ; pour les Maîtres il suffit d’indiquer les exceptions.