Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/169

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& qu’on ne peut connoître, après la mort des Auteurs, que par une espece de tradition fort sujette à s’éteindre ou à s’altérer. On se plaint déjà que nous avons oublié les Mouvemens d’un grand nombre d’Airs, & il est à croire qu’on les a ralentis tous. Si l’on eût pris la précaution dont je parle & à laquelle on ne voit pas d’inconvénient, on auroit aujourd’hui le plaisir d’entendre ces mêmes Airs tels que l’Auteur les faisoit exécuter.

À cela les Connoisseurs en Musique ne demeurent pas sans réponse. Ils objecteront, dit M. Diderot, (Mémoires sur différens sujets de Mathématiques) contre tout Chronometre en général, qu’il n’y a peut-être pas dans un Air deux Mesures qui soient exactement de la même durée ; choies contribuant nécessairement à ralentir les unes, & à précipiter les autres, le goût & l’Harmonie dans les Pieces à plusieurs Parties ; le goût & le pressentiment de l’Harmonie dans les solo. Un Musicien qui fait son Art, n’a pas joué quatre Mesures d’un Air, qu’il en saisit le caractere, & qu’il s’y abandonne ; il n’y a que le plaisir de l’Harmonie qui le suspende. Il veut ici que les Accords soient frappés, là qu’ils soient dérobés ; c’est-à-dire, qu’il chante ou joue plus ou moins lentement d’une Mesure à l’autre, & même d’un Tems & d’un quart-de-Tems à celui qui le suit.

À la vérité, cette objection qui est d’une grande forcé pour la Musique Françoise, n’en auroit aucune pour l’Italienne, soumise irrémissiblement à la plus exacte Mesure : rien même ne montre mieux l’opposition parfaite de ces