Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/324

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& l’on ne querelle point ce qu’on aime du ton dont on querelle un indifférent.

La parole est diversement accentuée selon les diverses passions qui l’inspirent, tantôt aiguë & véhémente, tantôt remisse & lâche, tantôt variée & impétueuse, tantôt égale & tranquille dans ses inflexions. De-là le Musicien tire les différences des Modes de Chant qu’il emploie & des lieux divers dans lesquels il maintient la Voix, la faisant procéder dans le bas par de petits Intervalles pour exprimer les langueurs de la tristesse & de l’abattement, lui arrachant dans le haut les Sons aigus de l’emportement & de la douleur ; & l’entraînant rapidement par tous les Intervalles de son Diapason dans l’agitation du désespoir ou l’également des passions contrastées. Sur-tout il faut bien observer que le charme de la Musique ne consiste pas seulement dans l’imitation, mais dans une imitation agréable ; & que la déclamation même, pour faire un si grande effet, doit être subordonnée à la Mélodie : de sorte qu’on ne peut peindre le sentiment sans lui donner ce charme secret qui en est inséparable, ni toucher le cœur si l’on ne plaît à l’oreille. Et ceci est encore très-conforme à la Nature, qui donne au ton des personnes sensibles, je ne sais quelles inflexions touchantes & délicieuses que n’eût jamais celui des gens qui ne sentent rien. N’allez donc pas prendre le baroque pour l’expressif, ni la dureté pour de l’énergie, ni donner un tableau hideux des passions que vous voulez rendre, ni faire en un mot comme à l’Opéra François,où le ton passionné ressemble aux cris de la colique, bien plus qu’aux transports de l’amour.