Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/416

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L’idée du Rhythme entre nécessairement dans celle de la Mélodie : un Chant n’est un Chant qu’autant qu’il est mesuré ; la même succession de Sons peut recevoir autant de caracteres, autant de Mélodies différentes, qu’on peut scander différemment ; de le seul changement de valeur des Notes, peut défigurer cette même succession au point de la rendre méconnoissable. Ainsi la Mélodie n’est rien par, elle-même ; c’est la Mesure qui la détermine, & il n’y a point de Chant sans le Tems. On ne doit donc pas comparer la Mélodie avec l’Harmonie, abstraction faite de la Mesure dans toutes les deux. car elle est essentielle à l’une & non pas à l’autre.

La Mélodie se rapporte à deux principes différens, selon la maniere dont on la considere. Prise par les rapports des Sons & par les regles du Mode, elle a son principe dans l’Harmonie ; puisque c’est une analyse harmonique qui donne les Degrés de la Gamme, les cordes du Mode, & les loix de la Modulation,. uniques élémens du Chant.. Selon ce principe, toute la forcé de la Mélodie se borne à flatter l’oreille par des Sons agréables, comme on peut flatter la vue par d’agréables accords de couleur : mais prise pour un art d’imitation par lequel on peut affecter l’esprit de diverses images, émouvoir le cœur de divers sentimens, exciter & calmer les : passions, opérer,en un mot, des effets moraux qui passent l’empire immédiats sens, il lui faut chercher un autre principe : car on ne voit aucune prise par laquelle la seule Harmonie, & tout ce qui vient d’elle, puisse nous affecter ainsi.