Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/514

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Ce Spectacle, tout imparfait qu’il étoit, fit long-tems l’admiration des contemporains, qui n’en connoissoient point de meilleur. Ils se félicitoient même de la découverte d’un si beau genre : voilà, disoient-ils, ion nouveau principe joint à ceux d’Aristote ; voilà l’admiration ajoutée à la terreur & à la pitié. Ils ne voyoient pas que cette richesse apparente n’étoit au fond qu’un figne de stérilité, comme les fleurs qui couvrent les champs avant la moisson. C’étoit faute de savoir toucher qu’ils vouloient surprendre, & cette admiration prétendue n’étoit en effet qu’un étonnement puérile dont ils auroient du rougir. Un faux air de magnificence, de féerie & d’enchantement, leur en imposoit au point qu’ils ne parloient qu’avec enthousiasme & respect d’un Théâtre qui ne méritoit que des huées ; ils avoient, de la meilleure soi du monde, autant de vénération pour la Scene même que pour les chimériques objets qu’on tâchoit d’y représenter :comme s’il y avoir plus de mérite à faire parler platement le Roi des Dieux que le dernier des mortels, & que les Valets de Moliere ne fussent pas préférables aux Héros de Pradon.

Quoique les Auteurs de ces premiers Opéra n’eussent gueres d’autre but que d’éblouir les yeux & d’étourdir les l’oreilles, il étoit difficile que le Musicien ne fût jamais tenté de chercher à tirer de son Art l’expression des sentimens répandus dans le Poeme. Les Chansons des Nymphes, les Hymnes des Prêtres, les cris des Guerriers, les hurlemens infernaux ne remplissoient pas tellement ces Drames grossiers qu’il ne s’y trouvât quelqu’un de ces instans d’intérêt & de situation où le Spectateur ne demande qu’à s’attendrir. Bien-tôt