Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/535

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avec le commencement du Drame, marque, en finissant avec bruit, le silence que l’Acteur arrivé sur la Scene exige du Spectateur.

Notre vieille routine d’Ouvertures a fait naître en France une plaisante idée. Plusieurs se sont imaginés qu’il y avoit une telle convenance entre la forme des Ouvertures de Lully & un Opéra quelconque, qu’on ne sauroit la changer sans rompre l’Accord du tout : de sorte que, d’un début de Symphonie qui seroit dans un autre goût, tel, par exemple, qu’une Ouverture Italienne, ils diront avec mépris, que c’est une Sonate, & non pas une Ouverture ; comme si toute Ouverture n’étoit pas une Sonate.

Je sais bien qu’il seroit à desirer qu’il y eût un rapport propre & sensible entre le caractere d’une Ouverture & celui de l’ouvrage qu’elle annonce ; mais au lieu de dire que toutes les Ouvertures doivent être jettées au même moule, cela dit précisément le contraire. D’ailleurs, si nos Musiciens manquent si souvent de saisir le vrai rapport de la Musique aux paroles dans chaque, morceau, comment saisiront-ils les rapports plus éloignés & plus fins entre l’ordonnance d’une Ouverture, & celle du corps entier de l’ouvrage ? Quelques Musiciens se sont imaginés bien saisir ces rapports en rassemblant d’avance dans l’Ouverture tous les caracteres exprimés dans la Piece, comme s’ils vouloient exprimer deux fois la même action, & que ce qui est à venir fût déjà passé. Ce n’est pas cela. L’Ouverture la mieux entendue est celle qui dispose tellement les cœurs des Spectateurs, qu’ils s’ouvrent sans effort à l’intérêt qu’on veut leur donner dès