Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t9.djvu/651

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Je suppose d’abord, quelle que soit la nature du Son, que son véhicule n’est autre chose que l’air même : premiérement, parce que l’air est le seul corps intermédiaire de l’existence duquel on soit parfaitement assuré, entre le corps sonore & l’organe auditif ; qu’il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité ; que l’air suffit pour expliquer la formation du Son ; & de plus, parce que l’expérience nous apprend qu’un corps sonore ne rend pas de Son dans un lieu tout-à-fait privé d’air. Si l’on veut imaginer un autre fluide, tout ce que je dis de l’air on peut aisément lui appliquer dans cet Article.

La résonnance du Son, ou, pour mieux dire, sa permanence & son prolongement ne peut naître que de la durée de l’agitation de l’air. Tant que cette agitation dure, l’air ébranlé vient sans cessé frapper l’organe auditif & prolonge ainsi la sensation du Son. Mais il n’y a point de maniere plus simple de concevoir cette durée, qu’en supposant l’air des vibrations qui se succedent, & qui renouvellent ainsi à chaque instant l’impression. De plus, de l’air, de quelque espece qu’elle soit, ne peut être produite que par une agitation semblable dans les parties du corps sonore : or, c’est un fait certain que corps sonore éprouvent de telles vibrations. Si l’on touche le corps d’un Violoncelle dans le tems qu’on en tire du Son, on le sent frémir sous la main & l’on voit bien sensiblement durer les vibrations de la Corde jusqu’à ce que le Son s’éteigne. Il en est de même d’une cloche qu’on fait sonner en la frappant du batail ; on la sent, on la voit même frémir,